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introduction à l'anthropologie

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introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف hotelradio في السبت نوفمبر 05, 2011 7:40 pm





Introduction à l’anthropologie



Il est aujourd’hui devenu singulièrement
difficile
de donner une définition
de l’homme qui
puisse recueillir un assentiment suffisant sans déclencher une polémique. C’est
tout de même une situation très curieuse, car, nous reconnaissant comme humain,
nous devrions tout de même pouvoir nous entendre pour donner une réponse
satisfaisante à la question : « qu’est-ce que l’homme ? »


Nous avons vu précédemment que dans les
cinquante dernières années, la zoologie
contemporaine a fait des pas de géants. Or ses progrès ont conduit à combler
très largement le fossé que nous creusions autrefois entre l’homme et l’animal.
Or quand « le propre
de l’homme » disparaît et que notre mode de pensée habituel pratique
la disjonction, l’opposition et insiste sur la différence, nous nous retrouvons
penaud et sans arguments. Si nous éliminons délibérément la volonté de définir
l’homme en le séparant de son frère animal, ce sont des
pans entiers de notre représentation
qui s’effondrent.


L’anthropologie contemporaine, en tant
que discipline scientifique se devait de reformuler la question de l’homme de
telle manière qu’il soit possible d’y répondre. Cette nouvelle question la
voici : « Qu’est ce qui rend l’homme capable d’avoir une existence
historique, d’adhérer à des institutions, d’avoir avec ses semblables des
rapports sensés ? »


Mais le chemin n’est pas facile, il est
semé d’embûches, car nous ne pouvons pas avec des généralités scientifiques
écarter le problème de savoir en quoi consiste l’essence de l’homme. Il faut
d’autre part aussi se tirer d’affaire devant une autre interrogation : Dans quelle mesure l’homme peut-il être objet de science ? Nous
allons dans cette leçon surtout résumer l’état des lieux actuel de ces
discussions.


* *
*


A. Biologie
et anthropologie




Pendant des siècles, sous l’influence de
la religion, la question : « qu’est-ce que l’homme ? » a
reçu une réponse théologique :
« l’homme est une création de Dieu ». Pour comprendre l’homme, il
fallait donc emprunter la voie du mythe et
spéculer sur l’Origine.
Dans la très ancienne tradition indienne, par exemple dans le Rig Veda,
il est question de la fonction du Purusha cosmique, archétype
de l’Homme, dont dériverait manuh, l’homme actuel, manuh, l’être
qui est par essence doué de manas de pensée. Dans la tradition grecque,
nous avons vu la reprise par Platon du mythe
de Prométhée
qui évoque la création du monde par les dieux et la
création de l’homme. Dans le monde judéo-chrétien, le mythe
de la Genèse
a servi a cette même fonction, l’autorité
de la Bible en
tant qu’écriture
sacrée se portant garant de ce que l’on pouvait dire de l’homme. Or ce qui
caractérise la naissance de l’anthropologie moderne, c’est la volonté de rompre
avec l’interprétation
religieuse et de tenter de fonder ses explications
scientifiques sur une théorie
empruntée à la biologie.


1) Pour toute personne ayant fait
des études, même très élémentaires dans la scolarité, l’idée «d’homme » ne
prend une justification que par l’étude de ses origines biologiques. Dans la
conscience commune, l’association entre « humanité » et « homme
des cavernes » est très bien établie et elle est constamment renforcée
d’ailleurs par les références du cinéma. Ce sont des données scientifiques
enseignées dès l’école primaire et qui sont devenues des lieux
communs.


Cependant, nous ne nous rendons pas
compte que ces données sont d’une apparition assez récente dans notre
histoire et elles tranchent singulièrement avec la représentation que l’on
pouvait avoir de l’homme par exemple au Moyen Age. Pour que l’anthropologie
acquière le statut d’une science, il fallait qu’elle révolutionne son paradigme.
La rupture
avec l’ancien paradigme s’est engagée à la Modernité
quand ont commencé à poindre des théories de l’évolution.
Les premières théories ayant trait à l'évolution de l’humain ont été formulées
au XVIIIe siècle par les philosophes des Lumières, parmi lesquels figurent Diderot,
Turgot et Condorcet (texte).
L’émerveillement devant la prodigieuse complexité de la nature, les succès du paradigme
mécaniste, les perspectives du progrès,
suggéraient qu’il devait y avoir un changement orienté et une spontanéité dans la Nature. Les idées des
Lumières se heurtaient nettement au fixisme
des explications bibliques de la Création et elles
anticipaient sur la théorie de l'évolution de Darwin. La théorie de l’évolution
était tout à fait « dans l’air du temps ». Mais c’est bien sûr
à Darwin que revient le crédit d’avoir porté un coup fatal au créationnisme biblique et d’avoir imposé l’hypothèse
évolutive. Fait indiscutable et d’une importance colossale : dans son acte
de naissance en tant que science au XIXe siècle, l'anthropologie se place
délibérément dans un paradigme évolutionniste. La théorie darwinienne
supposait une apparition graduelle des espèces, par le
biais de l’adaptation et des mutations.
L’anthropologie allait la suivre dans cette direction.


Quelques points de repère. Dans
l’état actuel de notre savoir, d’un point de vue biologique, l’homme actuel est
dit homo sapiens. Il dérive en tant qu’espèce
du genre homo, qui réunit humain et espèces
apparentées. D’après ce que nous savons, ce genre est daté entre 2 et 2,5 Ma.
Il y a eu plusieurs espèces humaines primitives qui toutes se sont éteintes
pour ne laisser place qu’à une seule l’homo sapiens. On pense que les
dernières espèces apparentées, l’homo
floresiensis
et l’homo neanderthalensis, ont disparu respectivement
il y a 18 000 et 30 000 ans. Auparavant, nous pouvons mentionner : l’homo erectus, apparu en Afrique australe il
y a 1,8 Mo, présent en Asie et en Europe, notamment en France il y a quelques
600.000 ans ; l’homo habilis dont les fossiles ont été découvert
en Tanzanie dans les gorges d’Olduvai, datant de 2,45 à 1,5 Ma. L’homme de
Neandertal et l’homo sapiens ont ensemble occupé l’Europe, le Proche-Orient et
l’Asie du Sud-Est. Ils se sont très probablement côtoyés. Les derniers vestiges
de l’homme de Neandertal ont été trouvé au sud de l’Espagne et au Portugal.
Notons que ce point de vue ne s’est pas imposé facilement, il a fallu notamment
montrer par plusieurs découvertes archéologiques l’existence d’une longue
séquence temporelle
de l’évolution humaine. En 1856, on met à jour un fossile néandertalien en
Allemagne. Des restes d'un homme de Java (Homo erectus ou Pithecanthropus erectus) sont
découverts dans les années 1980. Les silex taillés, mis au jour par Boucher de
Perthes, près d'Abbeville, dans les alluvions de la Somme, démontraient que la préhistoire
s’était étendue sur des centaines de milliers d’années. D’où les travaux des
archéologues pour tracer dans le temps des périodes et poser l'évolution des outils de l'âge de
pierre à l'âge du bronze, puis à l'âge du fer.


Une théorie officielle est donc née et
l’anthropologie pouvait désormais s’appuyer cette alliée précieuse que
constitue l’archéologie conventionnelle.
On appellera anthropologie
physique
l’étude de l’évolution de
l’homme, de sa biologie et l’étude des autres primates. L’existence d’une science
normale
atteste ici la maturité d’une discipline et elle demeure le
gage de son développement théorique ultérieur.


Une de ses branches de l’anthropologie
physique est appelée paléontologie humaine;
elle s’attache à l’étude du processus de l’hominisation,
c’est-à-dire de cette évolution remarquable qui conduit à une individualisation du rameau humain, par rapport
aux autres primates. De là une manière qui nous est devenue très familière de
considérer la pensée comme une émergence évolutive,
une résultante. Suite à une série de découvertes remarquables permettant de
conforter ses hypothèses
initiales, la paléontologie humaine a connu un franc succès. La mise au
jour d’une série de fossiles dans les gorges d'Olduvai, en Afrique orientale, a
par exemple obligé les paléontologues à reconsidérer l'évolution biologique de
l’homme. Les restes fossilisés découverts à la fin des années 1970 et 1980
donnèrent la preuve, il y a 1 à 3 millions d'années, de l'existence
du genre Homo en Afrique de l'Est, à côté d'autres formes
d'hommes-singes, appelés australopithèques Ces deux hominidés descendaient
vraisemblablement d'un fossile éthiopien, l'Australopithecus afarensis, âgé de 3 à 3,7
millions d'années. C’est la très célèbre Lucy, découverte en 1974. On a pu
montrer que ces très lointains ancêtres de l’homme étaient déjà bipèdes et assez libres de leurs mains pour être
capables de manipuler
des objets.


2) Les objets en pierre découverts près
de fossiles des sites d'Afrique orientale, permettent de faire remonter la
fabrication des outils et leur utilisation à environ 3 millions d'années. L'ingéniosité technique
remarquable dont ils témoignent, donne à penser que c’est par cette aptitude
que le genre homo a remporté un succès évolutif sans commune mesure avec
les autres espèces animales vivant sur Terre. Il est donc assez logique de
qualifier le premier homme, comme on a pu le faire, d’homo habilis,
d’homme adroit. Comme nous l’avons vu avec Bergson, l’homme a été ingénieux avant
d’être intelligent
au sens où nous l’entendons aujourd’hui. L’adaptation aux conditions de vie est
bien sûr une fonction primordiale qui devait être assurée. Nous savons aussi
qu’un changement de régime alimentaire s’est mis en place. A la différence de
ses ascendants australopithèques, qui étaient végétariens,
notre ancêtre Homo habilis prit goût à la viande et devient omnivore.
L’évolution de la conformation de sa dentition et l'utilisation qu'il faisait
de ses outils attestent ce passage. Selon les données actuelles, c’est plutôt
en Afrique qu’il faut chercher le berceau de
l’humanité
. Il semble que le continent américain ne recèle pas
de fossiles humains de plus de 15.000 ans. Il existe des spécimens, mais ils
appartiennent tous à la catégorie des Homo sapiens sapiens sont âgés seulement
de quelques milliers d'années.


L’homo habilis est de
petite taille : 91 cm
de haut. Son développement cérébral adulte atteint en général 750 cm3, même si
des restes d’espèces Homo plus grande, dont le développement cérébral
est de 750 cm3 ont aussi été trouvés en Afrique de l’Est. Celui que nous
considérons comme un protohumain de grande taille, appelé Homo erectus, s’est développé et s’est propagé
en Europe et en Asie, vraisemblablement il y a 1 million d’années. Il a su
développer une très large gamme d’outils. Les restes
les plus anciens que nous ayons de l’homo erectus sont connus sous le
nom de « pithécanthrope », appelé « l’homme de Java ». Nous
disposons aussi des restes de « l’homme de Pékin ». Ce sont des
fragments de squelette qui ont été découvert près de Pékin à Choukoutien. Le nom
de « sinanthrope » a été conservé, celui de Sinanthropus
pekinensis
est le terme savant. L’un comme l’autre sont d’un age plus
récent que les restes de l’homo habilis d’Afrique, et datés entre
750.000 et 300.000 ans. C’est aussi à Choukoutien que l’on a découvert la plus
ancienne trace d’utilisation du feu par l’homme.


Il existe bien sûr beaucoup
d’incertitudes dans ce tableau du fait de la maigreur des données dont nous
disposons. Malgré l’appui des techniques de datation, la paléontologie est très largement une science conjecturale dans laquelle des théories
rivales s’affrontent sans qu’il soit toujours possible de trancher les débats.
Il y a une différence entre la présentation très dogmatique que l’on donne de
la paléontologie dans les petites classes et l’état polémique des discussions
entre spécialistes ! La théorie comporte de nombreuses zones d’ombre.
Personne de peut dire clairement pourquoi parmi les différentes espèces
humanoïdes, l’homo sapiens s’est distingué. Il aurait très bien pu y
avoir plusieurs espèces humaines et non pas une. Ce qui
nous importe avant tout c’est de remarquer que pendant des milliers d’années, la Terre n’a été occupée en
guise d’humains que de petites populations de chasseurs
cueilleurs témoignant d’une vraie culture. C’est bien sûr le mot
important. Traditionnellement, l’existence d’artefacts et
de représentations comme celles des grottes de Lascaux est par excellence signe
de l’humanité. Un être qui sait se servir du feu, qui utilise des techniques de
fabrication sophistiquées, sait les sauvegarder et les transmettre à ses
descendant, manifeste une intelligence avancée. Un être capable d’une
représentation de lui-même, qui dessine des scènes de chasse (texte) où
nous pouvons déjà entrevoir une dimension religieuse est très proche de nous.
La frontière de la vitalité frustre est franchie (texte) et
nous sommes déjà dans le registre mental de la
culture et de son héritage.



Dernier point. Dans la mesure où l’anthropologie
est liée à la théorie
de l’évolution, il était inévitable qu’elle connaisse des dérives idéologiques. La tentation était forte de passer
de la sélection naturelle à la recherche des caractéristiques
« raciales » dominantes des différents groupes humains ou pire à
l’identification d’une « race pure ». Les horreurs de l’Histoire nous ont
montré quel en a été le résultat. Nous savons aujourd’hui que les théories racistes de Gobineau
reprises par le nazisme sont caduques. Les êtres humains actuels appartiennent
à la même espèce homo sapiens et sont issus d’une même ascendance. Les
différences de couleur de peau sont liées à des phénomènes d’adaptation et ne
sont pas significatives. Il est tout à fait fondé de parler de fait, et pas
seulement en droit, de l’unité du genre humain.


B. L’anthropologie sociale



C’est ce que souligne Claude
Lévi-Strauss dans Race et Histoire, en
montrant que la classification des êtres humains en races relève
davantage d’une discrimination sociale et politique que d'une réalité
biologique. L’anthropologie sociale, dont relève l’anthropologie
structurale
fondée par Lévi-Strauss,
suit le fil conducteur du développement de la culture pour décrire l’humain. Par
culture, elle entend la capacité que l’homme possède à apprendre, à penser et agir en société. Une culture suppose une
adaptation particulière à des conditions locales dans laquelle prennent forme
un système de croyances et des pratiques.
Etant donné que les sociétés
humaines sont très diverses, ce qui intéresse l’anthropologie sociale, appelée
aussi ethnologie, c’est précisément l’étude des spécificités. Au sens où
elle est enseignée aujourd’hui dans les universités, l’ethnologie prend pour
objet les civilisations non européennes, les peuples appelés autrefois les
« primitifs ». C’est ce qui la différentie notamment de la sociologie.


1) Ce n’est qu’au milieu du XIXe
siècle que l’anthropologie sociale est devenue un champ de recherche
indépendant. Le fondateur de cette discipline fut Lewis
Henry Morgan
, à qui l’on doit un ensemble conséquent de travaux
sur les Amérindiens Iroquois. Morgan mis en place une méthode nouvelle
d’observation sur le terrain. Edward
Burnett Tylor
, autre père fondateur de l’anthropologie sociale,
mit lui l'accent sur une méthode comparative dans l'exploitation des données
ethnographiques. Autre grand nom de l’anthropologie, Bronislaw Malinowski, fondateur de l'école
dite fonctionnelle d'anthropologie, fut l'un
des premiers à chercher délibérément une immersion dans la vie des peuples
qu'il étudiait, en l'occurrence les peuples des îles Trobriand, pour apprendre
leur langue et leurs pratiques sociales. L’idée fondamentale est donc que nous
ne pouvons comprendre les organisations humaines qu’au sein de leur
environnement culturel. Il est possible
d’élaborer des méthodes de recherche permettant l’accès à des cultures très
différentes de la nôtre. L’ethnologue, un peu comme l’éthologue, cherche à
consigner un ensemble d’observations factuelles sur le langage, les mythes culturels, le rythme de vie, les pratiques
corporelles, l’hygiène, l’alimentation, les croyances, les rites religieux, les
conduites morales, les interdictions, la politesse, le cérémonial
etc. en vigueur dans le microcosme d’une société donnée. Sa plus grande
difficulté est de parvenir à comprendre (prendre avec soi) un modèle
culturel différent du sien, ce qui revient à mettre entre parenthèses
l’ensemble des croyances,
des préjugés,
des idées morales
qu’il a reçu par imprégnation dans le modèle culturel occidental qui est le
sien. On peut aussi dire : se libérer de son conditionnement d’occidental.
Ce n’est pas l’obstacle de l’anthropomorphisme que rencontre l’ethnologue, mais celui de l’ethnocentrisme.
S’agissant de l’humain, il est en effet très facile par réaction de juger de
telle ou telle conduite, par référence à notre propre culture et de passer à
côté de ce pourquoi elle prend un sens dans une culture différente
. Nous
avons vu précédemment l’exemple du petit peuple du désert du Kalahari dans Les Dieux
sont tombés sur la Tête
, et le regard croisé d’une culture sur une
autre. La constellation des représentations d’une culture étrangère à la nôtre
n’est pas aisément accessible en raison de la tendance immanente au mental de
projeter sur l’inconnu, le connu qu’il possède déjà en mémoire. Cette
problématique est caractéristique des difficultés de la compréhension d’autrui.
Seule l’expérience du terrain, le fait de vivre sur une période prolongée au
milieu d’une autre culture, est à même de procurer une familiarité suffisante
pour les projections habituelles soient suspendues et que l’empathie
puisse jouer. Les meilleures monographies dont nous disposons proviennent de
chercheurs isolés qui ont passé des années sur le terrain. Sur ce plan,
l’ethnologue est tout l’opposé du touriste. (texte)
Le touriste ne sort pas de son conditionnement culturel et quand il voyage, il
en reste à des clichés exotiques. Il demeure étranger à la société à
laquelle il rend visite et il ne la voit que dans le concept que lui a
formaté par avance l’agence de voyage, sans voir les êtres humains.
L’ethnologue est en recherche de l’humanité dans toute sa variété et dans toute
sa complexité. Il doit accepter par avance les différences et doit apprendre un
certain relativisme
méthodologique
. Sans quoi, cela ne
vaudrait même pas la peine de se déplacer. (texte)
Autant étudier les Inuits, les Bushmen, les Pueblos, ou les Berbères dans des
livres.


Les recherches portant sur la manière de
produire de la nourriture, sur l'organisation sociale, la religion, les
habitudes vestimentaires et culinaires, les formes de culture, les langues etc.
entrent dans le champ dit de l'ethnographie,
discipline qui se veut uniquement descriptive. Ensuite, l'analyse comparative des
descriptions ethnographiques, (texte)
dans la recherche des principes universels auxquels obéiraient les différents
schémas culturels, constituent la tâche propre de l'ethnologie.


Dans ce but, Claude Lévi-Strauss a intégré à la méthode
anthropologique l’apport de la phonologie et de la linguistique
structurale. Il a mis au cœur de ses recherches, à partir d’observations
minutieuses des relations sociales, l’étude des structures
sous-jacente une culture déterminée. D’où ses travaux sur Les Structures
élémentaires de la
Parenté. Nous avons vu plus haut l’importance qu’il accorde à la prohibition
de l’inceste et sa manière originale de relier naturel et le culturel. Les
liens de parenté sont au cœur de toute organisation sociale et ils sont
présents sous la forme de clans et de lignage. On distingue deux formes de lignage. Quand l’appartenance à un groupe social est fondée
uniquement sur une ascendance paternelle, on parle de filiation patrilinéaire
.
Quand l’appartenance est fondée sur l’ascendance maternelle, on parle de filiation
matrilinéaire
.
Les sociétés matriarcales seraient, semblent-il, bien plus anciennes que les
sociétés patriarcales. Hérodote décrit ce système chez les Lydiens en Asie
Mineure. En Amérique du Nord, les Iroquois, les Cherokees
et les Creeks, présentaient une organisation matrilinéaire. Certaines sociétés
fondent l’appartenance au groupe sur les deux ascendances maternelle et
paternelle, on parle alors d’organisation bilatérale. Les sociétés
traditionnelles accordent aussi une importance fondamentale à la possession
d’un ancêtre commun. Les membres du clan se définissent généralement comme
descendant d’un même ancêtre appelé en ethnologie « ancêtre totémique »,
ce qui permet de souder une identité culturelle
et de se distinguer par là de ceux que l’on considère comme des voisins ou des
ennemis. Les structures sociales ne sont pas des élaborations conscientes. Il
est très difficile, explique Lévi-Strauss, d’obtenir de l’indigène une
justification rationnelle d’une coutume ou
d’une institution.
« L’indigène interrogé se contente de répondre que les choses ont toujours
été ainsi, que tel fut l’ordre des dieux, ou l’enseignement des
ancêtres ». D’où la conséquence : « les raisons inconscientes
pour lesquelles on pratique une coutume, on partage une croyance, sont fort
éloignées de celles qu’on invoque pour la justifier ». Comme Hume l’a bien
vu, les hommes vivent, pensent et agissent avant tout par habitude et la
persistance de la coutume tient de cette inertie.
L’originalité de la
démarche de Claude Lévi-Strauss tient dans ce fil conducteur : chercher
quelles sont les structures
sous-jacentes aux modes de conduite en vigueur dans une société.


Nous pouvons, à partir de là, nous faire
quelques idées sur le développement de l’organisation sociale depuis la
préhistoire. Les plus anciennes sociétés humaines sont des groupes de
chasseurs-cueilleurs, comme les Bushmen, les Pygmées, les Inuits.
Il existe encore de rares communautés de ce type dans certaines régions de
l’Afrique, de l’Inde et des Philippines. Conformément à ce que dit Rousseau
dans le Discours sur l’Origine de l’Inégalité, l’existence actuelle de
peuples de chasseurs-cueilleurs ne peut que servir que d’exemple hypothétique
de l’organisation culturelle au début de l’histoire. Ce que montre
l’ethnologie, c’est que ces cultures ne sont pas si « simples » qu’on
pouvait le croire. Elles révèlent à l’observateur une grande complexité. Loin de
se situer à l’état naturel, antérieur
à la pensée, elles manifestent une grande richesse que Lévi-Strauss
réhabilite face à la pensée occidentale sous le terme de : La Pensée sauvage
(un de ses livres). Dès que l’on entre dans la tradition orale, la mythologie, les
pratiques médicinales,
la connaissance des plantes, l’art etc. on est frappé de la richesse de la vision du monde de ces peuples. Lévi-Strauss
pensait que l’apport de la linguistique structurale appliqué à l’étude des
langues indigènes permettrait de faire beaucoup progresser notre compréhension
dans ce domaine.


Confirmant les hypothèses du Second
Discours
de Rousseau, l’ethnologie montre que la sédentarisation des
populations autour d’une nourriture régulière et stable, a permis le
développement de structures économiques
plus complexes. L'invention de l'agriculture et de l'élevage représenta un
apport culturel crucial. Avec la sédentarisation autour de ressources
abondantes, vint l'augmentation des populations et une différenciation des
organisations sociales. Les différentes communautés s’intégraient
progressivement les unes avec les autres par le biais de croyances, de
pratiques religieuses et par l’échange de la nourriture. Il n’existe pas de
société sans culture, pas de culture sans mythes
culturels, pas de mythes culturels sans une appréhension animiste
des forces
de la Nature
. Nous avons vu que l’animisme est toujours premier et qu’il est dans
toute culture. Les puissances de
la Nature sont d’abord vue comme des esprits qu’il s’agit de se
concilier avec l’aide d’un chamane. L’étude des rapports entre magie et
religion a toujours intrigué les ethnologues, mais c’est un passage obligé de
toute monographie. Ne pas tenter de comprendre le monde du sorcier, c’est ne
rien comprendre d’une culture traditionnelle.



2) Mais c’est là que se rencontrent les plus grandes difficultés, car comment
pénétrer dans le monde de la magie et dans le panpsychisme
de la pensée traditionnelle
sans remettre en cause l’approche
scientifique elle-même ? Est-il possible d’avoir une vision impartiale
de l’homme sans mettre de côté la sienne ? L’anthropologie en
est-elle capable ? Si on se réfère à des auteurs du début du XXè siècle,
« comme Lucien Lévy-Bruhl, on est frappé de voir à quel point sa pensée
était naïvement arrogante. Il était assuré que les sociétés
archaïques devaient être considérées comme « primitives »,
que le primitif était irrationnel, mystique, par opposition à l’homme moderne,
lui pleinement rationnel, et pouvait être effectivement comparé à l’enfant et
au névrosé. Il était évident que l’homme occidental moderne était l’adulte
accompli ».



------------------------------


Il y a des pages nombreuses de
l’anthropologie qui montrent à quel point, non seulement ses constructions
spéculatives peuvent être puériles, mais surtout s’appuyer sur une inconscience
remarquable quant à leurs propres fondements. Il est tout à fait possible de
parler de l’homme… sans être lucide à l’égard de ses propres préjugéssur
l’homme.


C’est là que nous prenons conscience que
la prétendue « rationalité » en matière d’étude de l’humain n’est le
plus souvent « qu’une rationalisation occidentalo-centrique close et, dans
un sens très profond, obscurantiste ». L’anthropologue travaille
toujours dans un contexte paradigmatique
qui est enraciné en amont dans la conscience
collective des savants, qui est elle-même inscrite dans une époque.
Il ne
faut donc pas s’étonner que l’on retrouve chez Lévy-Bruhl les préjugés du colonialisme. Il ne faut pas s’étonner qu’il ait pu
exister une anthropologie raciste, y compris sous des noms célèbres. En retour,
il faut aussi comprendre que le choc historique de la décolonisation, la
mauvaise conscience qu’elle a pu engendrer, l’autocritique qui s’en est suivie,
ont eu une incidence directe sur le paradigme de l’anthropologie. Il a fallu
douter que l’occidental soit le détenteur exclusif d’une vision du monde douée
de sens, pour opérer une désobstruction de notre vision de l’humain. Il était
donc logique que paraisse un livre aussi sévère que Tristes Tropiques de
Lévi-Strauss.


La première prise de conscience qu’il
révèle, c’est « l’anthropo-occidentalo-centrisme caché sous la pseudo
universalité ». Ce que nous n’avons pas encore compris, c’est que la rationalité n’est
pas une idéologie,
mais une exigence intellectuelle. Très souvent, les théories que l’on présente
comme « rationnelles » ne sont que des préjugés dogmatiques camouflés
sous un déguisement apte à tromper l’intellect ; et elles peuvent devenir
réellement dangereuses sous la forme de leurs conséquences. Par exemple pour
servir d’auto-justification à une volonté de puissance qui affirme de ses
hauteurs sa suprématie : « il y a les primitifs sous-développés et la
supériorité incontestable de la civilisation occidentale qui est plus évoluée ».
A partir du moment où nous collons sur un homme l’épithète de primitif,
le concept devient un prisme déformant, nous voyons le primitif, nous ne voyons
plus l’homme. Et nous le traitons comme tel.


Ce qui nous amène à la seconde prise de
conscience : il faut abandonner les conceptions évolutionnistes sensées immanquablement nous
conduire au modèle occidental. Ce qui est paradoxal, puisque l’anthropologie
scientifique a justement revendiqué son rattachement à l’évolutionnisme. Lewis
Henry Morgan a soutenu dans Ancient Society que chaque société part d’un
état « primitif » pour aboutir au modèle de la civilisation
occidentale, en passant par trois stades : « sauvage »,
« barbare », « civilisé ». Il fut un temps où des artefacts
comme la Vénus
hottentote
servaient à montrer que l’homme blanc était au sommet de la
hiérarchie évolutive des espèces, bien au-dessus des animaux, des hommes
noirs et jaunes. La théorie de l’évolution était interprétée à travers le
filtre d’une idéologie de la domination de la race blanche. Il a existé un racisme scientifique au XIXè dont les mots
portaient le témoignage puisque l’anthropologie s’est un temps officiellement
appelée « racialogie ». A la même époque, on inventait le terme de
« mongolisme ». Il était entendu qu’un enfant mal formé, étant issu
de deux êtres supérieurs, ne pouvait être qu’un petit blanc qui n’avait pas
achevé son évolution : un jaune.


D’où l’intérêt de retourner la
méthode anthropologique contre les anthropologues eux-mêmes ! Une
anthropologie de la tribu des anthropologues dans laquelle on montrerait leur
dévotion à l’autorité, leurs croyances étranges, leurs rituels, leurs
cérémonies, leur éducation, les bizarreries de leur langage etc. Plus
sérieusement, toute théorie devrait pouvoir expliciter ce qui rend possible
sa propre production et le terrain sur lequel elle est apparue comme théorie.

Les constructions mentales de l’esprit ne tiennent pas toutes seules en l’air,
comme par magie. Elles reposent sur de l’implicite. Le défi de la théorie
anthropologique est d’impliquer en elle l’anthropologue, de même qu’en physique
quantique on explique qu’il n’y a pas de processus d’observation,
sans l’observé et sans observateur. Nous l’avons vu, l’objectivité
absolue est un mirage. La connaissance et la relation
entre le connaisseur et le connu. Or ce qui est remarquable, c’est que le
projet de connaissance de l’anthropologie nous oblige à un travail sur l’identité culturelle.
Il s’agit simultanément de se distancer par rapport à sa propre culture tout en
essayant par sympathie
d’entrer dans la compréhension d’une autre culture.
Or si nous maintenons
notre identification, il se produit invariablement un dilemme : « On
ne peut entrer totalement dans l’autre
culture, on ne peut sortir totalement de la sienne propre, mais notre
esprit peut tenter de mener un jeu entre l’une et l’autre pour reconnaître leur
singularités respectives ». C’est tout ce que nous pouvons atteindre. Le
savoir trouvé dans un livre d’anthropologie, pense Lévi-Strauss, ne nous rendra
pas plus proche de l’autre, mais il pourra au moins étendre notre expérience
de l’humain.


C. L’humanité
en question, l'humanisme en péril




Ce que nous attendons d’une connaissance
de l’homme, c’est qu’elle puisse contribuer à nous rendre plus humain.
C’est même le sens courant du mot ; quand nous disons de quelqu’un qu’il
est très humain,
nous voulons dire qu’il est très proche de l’autre homme. Celui qui
manifeste une profonde humanité sait au fond de lui, que les hommes ne sont pas
différents.
On a beau vouloir se définir comme Anglais, Chinois,
Tchadien, Français, Péruvien ou Américain, etc. ce ne sont que des définitions
culturelles superficielles. De part notre esprit, de part notre condition, nous
sommes l’humanité.


1) L’anthropologie
scientifique en reste à l’affirmation de la diversité des types humains,
mais ne dit rien sur ce qu’est l’homme. Lévi-Strauss dit très explicitement que
le but des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme mais de le
dissoudre ». Comme la « nature humaine » est introuvable dans
les sciences de l’homme et que l’humanité n’est pas héréditaire, il faut en
tirer les conséquences : l’homme est avant tout un être à venir, un
être qui se crée lui-même, fait naître des possibles dans le terreau fertile
d’une culture
. Dans l’horizon de la pensée contemporaine, cela sonne
un peu vague et fait proclamation de principe.


Or ce qui caractérise
notre époque, par rapport celles qui ont précédées, c’est précisément la menace
d’un déclin des possibles et l’effondrement du devenir
de l’homme.
Un vacillement de notre définition de l’homme capable
d’humanité. « Une logique invisible, jour après jour, tire le tapis sous
nos pieds. Sans le savoir, nos sociétés sont prises à revers et nos idées en
perdition, comme autant d’armées égarées dans la brume ». Jean Claude Guillebaud dans Le Principe Humanité témoigne
de ce désarroi face à la déliquescence de
l’idée de l’homme dans la mutation étrange qui s’accomplit sous nos yeux vers
une techno-humanité. Une révolution sourde est à
l’œuvre dans laquelle, tout en maintenant les principes des droits fondamentaux
de l’humanité en guise de paravent, un travail de sape s’opère en douce qui est
en train de démanteler tout ce qui a pu constituer de par le passé notre raison
d’être. Si nous voulons condenser la thèse de Guillebaud en deux propositions
clé cela donne : (texte)


a) Le postmodernisme des intellectuels des années 70 est
maintenant
pris aux mots. Aux temps de gloire de l’existentialisme,
Sartre disait de l’homme qu’il n’a ni unité, ni essence et qu’il n’est qu’une
passion inutile
. Eh bien… on peut dire que c’est comme si l’Histoire lui
avait répondu : « chiche ! » L’essor des biotechnologies,
l’empire de l’image, le monde de l’hyperconsommation,
ont finit par altérer en profondeur notre manière d’exister. Nous avons
amplement montré ailleurs, en examinant l’existence
médiatique et son règne postmoderne, que combien ce programme a été
suivi ! Nous vivons dans ce monde de L’Obsolescence de l’Homme que
dépeint Günter Anders, où l’individu n’a plus ni unité, ni essence, en sorte
qu’effectivement, sous les apparences
brillantes de la passion
inutile, sa vie est devenue complètement absurde.


Gilles Deleuze, en
hommage à Foucault, dans Sur la mort de l'Homme et le
Surhomme
commentait Nietzsche : « l’homme a emprisonné la
vie, le surhomme est ce qui libère la vie dans l’homme même, au profit d’une autre forme ». Il
disait que l’on s’était trompé en voyant dans Nietzsche le penseur de la mort
de Dieu,
car ce qui l’intéresse, c’est la mort de l’homme.
Or, dans le combat de l’Histoire,
le péril, c’est que triomphe la puissance titanesque
de la technique, que Deleuze appelle le
« fini-illimité ». Ce dont « témoigneraient les plissements
propres aux chaînes du code génétique, les potentialités du silicium dans les
machines de troisième espèce (cybernétiques et informatiques) autant que les
contours de la phrase dans la littérature moderne ». D’où ces
remarques étranges: « Qu’est-ce que le surhomme?
C’est le composé formel des forces dans l’homme avec ces nouvelles
forces : la force du silicium qui prend sa revanche sur le carbone ; les
forces des composants génétiques qui prennent leur prennent leur revanche sur
l’organisme; les forces des agrammaticaux qui prennent leur revanche sur le
signifiant » : ce que nous avons maintenant sous nos yeux en
permanence, car cela fait des années que nous macérons dans une culture des prothèses,
des robots et du bionique qui ne fait que déployer lentement ses conséquences.
L’homme est mort ? C’est une créature obsolète ? Chiche ! Alors
que vive le cyborg !! Maintenant que nous tenons pour
acquis l’assimilation de l’homme à l’ordinateur et la réduction
du vivant à une combinaison chimique élémentaire, il ne reste plus à faire
« accoucher en quelque sorte cette pensée de son antihumanisme
théorique » ; ce qui veut dire ? Le mettre en pratique
pour de bon ! A tous les niveaux : éducatif, économique, social,
psychologique. Selon J. C. Guillebaud, cette étrange programmation du nihilisme
ne nous laisse que deux interprétations possible :


- Ou bien on peut s’y
résigner en y voyant une sorte de vérification expérimentale des thèses sur la
mort de l’homme, ce qui veut dire, encore selon une formule de Sartre, que l’existence de l’homme
est décidément « de trop »
et qu’on n’a désormais plus besoin de lui.


- Ou bien, nous pouvons
dans un éclair reconnaître qu’une pensée « qui prépare ainsi, puis
organise sa disparition n’appartient tout simplement pas à la catégorie du
raisonnable ». Eckhart Tolle, dans cette voie, ne mâche pas ses
mots : the thinking mind is becoming insane. C’est de la folie, de la démence
collective programmée.


b) L’humanisme qui a
produit la conquête effrénée de la
Nature, entreprend désormais de s’autodévorer
. Dans la Lettre sur
l’Humanisme
, Heidegger conduisait un procès sévère de l’humanisme (texte) des
Lumières car selon lui, - toujours dans le commentaire de Jean-Claude
Guillebaud -, « le désenchantement du Monde, son asservissement par la
technique, l’assujettissement de l’humanitas à la rationalité marchande
ne sont par des atteintes portées à l’humanisme, mais l’aboutissement de
l’humanisme lui-même.
C’est-à-dire du projet d’artificialisation complète
de la nature par la culture humaine, d’un arraisonnement du naturel par le
culturel, d’une volonté de maîtrise absolue du réel par la rationalité
humaine ». Bref, depuis les déclarations de Descartes dans son Discours,
jusqu’au communisme
au XXè siècle, il y aurait bien un même fil conducteur. Non seulement la techno-science
n’est pas le naufrage de l’humanisme des Lumières, mais
c’est bien au contraire son triomphe le plus complet et sans partage.


On peut ne pas être
d’accord avec les thèses de Heidegger, n’empêche qu’elles possèdent une
cohérence indéniable et qu’elles peuvent être très solidement argumentées.
Si Heidegger a raison, il est logique qu’en parachevant sa maîtrise
totale du réel, comme maître
et possesseur de la Nature,
l’homme devienne ipso facto maîtrisé et possédé lui-même… pas du tout au
sens positif d’une maîtrise de soi,
mais … en s’abolissant lui-même comme personne, en se rayant de la
carte. Le terme exact vers lequel tend la postmodernité, c’est donc la
destruction du sujet et la dissolution de la
conscience
. « Le bel avion des Lumières continuait à voler mais sans
pilote pour fixer la route, ni passager humain pour en débattre».
« L’humanisme triomphe en s’euthanasiant, et cela avec les armes qu’il a
lui-même forgées ». Nous avons suffisamment montré dans les leçons
précédentes à quel point cette tendance à la dissolution de la conscience, à la
régression dans l’inconscience
est forte dans notre monde actuel. S’abrutir,
fuir, s’éclater,
dormir et disparaître : finalité de la puissance sans contrôle ou nirvana
technologique ?


2) Nous voyons donc que
l’idée de l’homme n’est pas séparable du processus de l’Histoire, elle est
l’histoire donnée dans le miroir de la conscience des générations. Quand l’idée
de l’homme se défait, quand l’archétype
de l’Homme
est perdu, tout bascule et,… comme par hasard, apparaît de l’inhumain dans nos
décisions et nos conduites. Au point où nous en sommes, il devient manifeste
que l’inhumain c’est du mécanique,
et l’hyper-mécanisme,
une fois planifié et organisé, descend dans les profondeurs livides de l’homme,
par les voies de l’inconscience. Collectivement et individuellement.
Collectivement parce que d’abord individuellement (texte). Se
peut-il que notre pensée se soit égarée et que la démence nous guette? Vivons
nous à une époque où l’esprit, devenu malade, a fait de l’Histoire une
aventure hautement dangereuse?


On peut tenter de vivre
sans se poser la question et sans se poser de questions
d’ailleurs. Ce que font la grande majorité d’entre nous et c’est précisément
l’aboutissement de la postmodernité
en tant que changement
des mentalités. On peut se protéger contre cette idée en pensant que c’est
seulement la « faute de »
quelques uns ; car après tout il y a aussi des hommes de bonne volonté et
il y a toujours des exemples de grandeur. On peut se défendre aussi en accusant ou
mettant en cause tel ou tel système totalitaire que l’homme a engendré et en
tout premier lieu le système économique…
oubliant par là que c’est nous même qui avons donné naissance à cette pieuvre
et qu’elle n’existe que dans notre consentement tacite. Par notre inconscience. Toujours
est-il que la question « qu’est-ce que l’homme ? » revient sous
une forme : qu’est-ce que l’homme est devenu aujourd’hui ?
Dans l’évaporation du sens, la perte de tout repère, le sentiment
d’une immense détresse, les proclamations théoriques ne suffisent plus. Il nous
reste encore à sortir de notre aveuglement pour devenir plus humain.


L’acte premier est de
s’éveiller et, par-delà les limites des cultures, de nous recréer sans cesse
dans l’idée la plus élevée que nous avons de nous-mêmes en tant qu’être humain.

Ce que nous ne voyons pas clairement, c’est que contrairement à ce que soutient
le discours convenu et officiel, il y a une illusion
dans cette idée selon laquelle il existerait des entités culturelle et des
êtres humains complètement différent les uns des
autres et séparés de la psyché
humaine en tant que tout. Si nous entrons profondément ne nous même, si
nous sommes attentifs à la vie en relation, nous ne
pourrons arriver qu’à une conclusion : chaque être humain porte en lui
toutes les virtualités de l’humanité
.


« Psychologiquement,
un être humain est la totalité de l'humanité. Non seulement il la représente,
mais il est la totalité de l'espèce humaine. Il est par essence toute la psyché
de l'humanité. Diverses cultures ont recouvert cette réalité de l'illusion que
chaque être humain est différent. L'humanité est
prisonnière de cette illusion depuis des siècles et cette illusion est devenue
une réalité. Si nous observons attentivement notre propre structure
psychologique, nous découvririons que nous souffrons comme l'humanité tout
entière souffre à différents degrés. Peut être êtes-vous seul, mais toute
l'humanité connaît aussi cette solitude. Tous, nous connaissons la détresse, la
jalousie, l'envie et la peur. Par conséquent, psychologiquement,
intérieurement, nous sommes semblables à un autre être humain. Il peut exister
des différences d'ordre physique, biologique ; on est grand ou petit et ainsi
de suite, mais fondamentalement on est représentatif de toute l'humanité.
Ainsi, psychologiquement, vous êtes le monde; vous êtes responsables de
l'humanité toute entière
". (texte)


Vu de cette manière, l’interrogation est
d’une beauté tragique : chacun d’entre nous contribue à ce que le monde
soit ce qu’il est, et ce que nous appelons nos problèmes personnels est bien
souvent seulement l’expression de la condition humaine. Pour que notre vie
devienne plus heureuse et plus harmonieuse, il est indispensable que la bonté
présente dans l’homme fleurisse (texte).
Quand elle fleurit, elle affecte l’humanité tout entière. Un seule homme qui
change radicalement affecte l’humanité tout entière. Il n’existe pas de
séparation, chacun d’entre nous est lié corps et âme à toute l’humanité.
Ce qui est grand dans un être humain en particulier est présent dans l’humanité
de tout homme et provient d’une source qui n’est pas la pensée.
L’épanouissement de la bonté n’est pas donné par le savoir,
ce par quoi un homme est profondément humain, sensible et aimant ne
provient pas de la pensée. La vraie question que nous devons nous poser est
celle-ci : comment, dans cette période charnière, rompre avec cette
démence collective qui exacerbe l’inhumain ? Autrement dit : où
trouver les ressources pour être plus chaleureux et plus humains dans nos
relations avec d’autres êtres humains ? C’est une question qui ne peut pas
se poser sur un plan théorique, mais sur le plan de la Vie elle-même,
dans sa donation affective. Plus un homme est vivant et plus il est humain. C’est
en s’ouvrant à la Vie
que l’humanité révèle c’est qu’elle a de meilleur.



* *


*


A partir du moment où l’anthropologie a
fait de l’homme l’objet d’une science, elle a présupposé aussi un sujet qui en
conduisait l’élaboration descriptive. Pour que l’anthropologie développe un
savoir à portée scientifique, il fallait qu’elle gagne une impartialité
méthodique, pas seulement une pseudo-universalité dissimulant le bien-pensant
idéologique, les courants intellectuels, les modes ou les modèles d’une époque.
Et nous retrouvons donc ici le même problème d’objectivité que bous avions
décelé en histoire.


Parce que l’homme est dans son essence
conscience, il n’est pas réductible à un objet. L’anthropologie ne peut
s’édifier que sur fond d’une compréhension de la conscience. Sans quoi elle n’a
pas de sens. Or, nous l’avons vu, l’anthropologie structurale part plutôt de
l’inconscient et le concept même de structure,
tel qu’il est utilisé dans le structuralisme, est une forme de réification de
l’objet. Comme il est impossible d’aborder l’humain sans une vision de l’homme,
au moment même où la vision de l’Occident se teintait d’une certaine dose de nihilisme,
il était inévitable que celui-ci se retrouve dans l’anthropologie. Ce qui est
remarquable, c’est le caractère globalement cohérent du changement de nos [url=h

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رد: introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف fouzia_manar في الأحد نوفمبر 06, 2011 5:25 am

c un tres grand effort merci bcp,pour tous les etudiants qui aident ceux qui sont loin de la faculté.

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رد: introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف الضباشي في الأحد نوفمبر 06, 2011 7:09 am

جهد كبير جزاك الله جنته على ما طرحت وبارك فيك ونفع بك و عيدك مبارك سعيد
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رد: introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف hotelradio في الإثنين نوفمبر 07, 2011 9:21 am

عيد مبارك سعيد للجميع . و لن أبخل بكل ما في وسعي . بالتوفيق للجميع

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رد: introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف oumalaeddine في الثلاثاء نوفمبر 08, 2011 10:23 am

salut,est ce qu'il fallait préparer un exposé pour prof kharazi?et quels sont les sujets proposés??? merci bien
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رد: introduction à l'anthropologie

مُساهمة من طرف kassmed27 في الثلاثاء نوفمبر 29, 2011 3:02 pm

Salam tout le monde je crois qu'il s'agit ci dessus de document composé de 12 pages à traduire et à étudier.

Je me demande si vous avez déja une copie de traduction de ce document fabuleux??? et merci
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kassmed27
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